
Pif, paf... Bof...
La vie à la crèche, rêves et réalités
Hélène Dutertre-Le Poncin, psychologue clinicienne, responsable de l’espace famille La Parentèle, Bordeaux.

es dispositifs en direction des personnes se multiplient et les sigles fleurissent, se transforment, et constituent une forêt où parfois il faut les ressources du Petit Poucet pour s’y retrouver. Notre enfance a pu être bercée par pif Gadget et le paf peut aussi signifier paysage audiovisuel français… Nous allons aborder ici la trame d’un projet qui devrait s’intituler paf mais qui a quelques racines du côté du pif.
La caf (caisse d’allocations familiales), soucieuse de la bonne information des familles, a encadré il y a quelques années un dispositif d’information à leur égard intitulé le Point info famille : pif, et qui serait susceptible de renseigner les personnes et de documenter des dossiers dans des domaines aussi divers que le logement, les vacances, les modes d’accueil des tout-petits, etc. Des initiatives variées et bienvenues jalonnent des villes sous le sigle pif.
L’hypothèse de base est que les familles ne sont pas informées et ne connaissent pas tout ce qui existe et qui est adressé à leur endroit. Imprimons donc des plaquettes… Des arbres sont abattus pour faire de la documentation bien souvent pléthorique et peu lue. Nous pouvons tous observer que l’information sur papier imprimé a besoin d’être accompagnée, donnée, expliquée, tendue, par un autre humain afin qu’elle prenne sens et que les informations souvent précieuses, mises en ordre et présentées parfois à grands frais, ne soient pas que des papiers supplémentaires qui au mieux nourrissent le tri sélectif. Les pif sont donc des lieux d’information accompagnée par des personnes qualifiées.
Il est un domaine sensible et fragile qui est celui de la présentation des lieux d’accueil pour les enfants âgés de 0 à 3 ans.
Attendre un bébé et continuer de travailler ou pas ? Prendre un congé parental, continuer sinon à temps partiel, à temps complet ? À qui confier ce bébé imaginaire et merveilleux ? Quelle va être la meilleure solution pour lui, ses parents, dans l’économie psychique familiale, mais aussi dans sa charge financière ?
À peine conçu, des parents avisés doivent inscrire leur futur bébé, et choisir un mode de garde entre les « représentations » des uns et des autres, les expériences racontées et transmises des amis, de la famille, et leur intime conviction. Mais au fait, quelle est-elle leur intime conviction ? Car ils doivent aussi se confronter au réel : pas assez de place et tout particulièrement dans les lieux d’accueil collectif qui sont les plus demandés. Un choix authentique peut-il être pensé, puisque les finances publiques n’ont pas les moyens d’offrir un accueil collectif à toutes les familles qui le souhaitent ?
Sur ces constats, entre autres, un groupe de travail composé de responsables (puéricultrice, éducatrice, psychologue) de lieux d’accueil s’est constitué et a entamé une réflexion sur ce que pourrait être un dispositif très ciblé d’information et d’accueil des familles au sujet de possibles modes de garde de leur bébé à naître.
Comment ? Quand ? Qui ? Où ? Quel contenu ?
Le groupe paf, Point accueil famille, a fait des propositions. À ce jour, rien n’est validé par la caf et la mairie de Bordeaux, mais de grands principes ont été élaborés sur la base des expériences croisées des professionnelles de terrain et des attentes de la caf et de la municipalité. pif, paf… Bof.
Pourquoi bof ? Parce que c’est long, que c’est difficile, que les engagements des uns et des autres sont lourds, parce que si, sur le fond, cette nécessité d’accueil et d’information de futurs parents est partagée, la façon de procéder, les difficultés de reconnaissance du territoire de chacun et surtout le contenu de l’information sont en débat.
Les grands principes partagés seraient :
• un lieu qui ne serait surtout pas une crèche, une halte-jeux, un lieu d’inscription mais plutôt un espace de rencontre de type ram (encore un sigle : relais assistante maternelle) ; • une rencontre régulière proposée par mois en début de soirée ; libre à chacun de venir et éventuellement de revenir pour échanger ; • des professionnels différents et complémentaires dans la formation, la fonction, l’appartenance, qui coopéreraient pour constituer une « équipe » d’accueil et d’information (puéricultrice, éducatrice, assistante maternelle, animatrice) exerçant dans des structures municipales, associatives, la caf ; • un contenu permettant de donner des bases indispensables d’information du type : différences entre une crèche familiale et collective ; que sont une puéricultrice, une assistante maternelle ?, mais surtout, une mise en situation d’échange, de débat entre les professionnelles et les parents, et parents entre eux.
Nous en sommes là, du futur paf. Ce projet avance et mûrit ; il est à la croisée de la demande des institutions et d’une réalité repérée par des professionnels sur le terrain.
Du pif au paf souhaitons que ce ne sera pas… bof !
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