La consommation de cannabis dans notre pays est de plus en plus fréquente et régulière puisque d’après les chiffres de santé publique qui restent des auto-déclarations, cela concernerait 18,4 % de la tranche d’âge 26-34 ans – fourchette où se situent la majorité des naissances en France.
En 2020, 46 % des adultes l’ont expérimenté avec 54,8 % des hommes contre 37,7 % des femmes [1]. Pour ce qui concerne la grossesse, les chiffres de l’assurance maladie sur les addictions en 2021 parlent de 1,1 %, mais toujours dans le cadre d’enquêtes déclaratives, avec peut-être une baisse significative, puisqu’elles étaient 2,1 % en 1996 [2] : des chiffres difficiles à connaître avec précision mais probablement plus élevés.
Les Canadiens eux nous parlent de chiffres plus importants : de l’ordre de 14 % de femmes enceintes rapportant une consommation d’au moins un joint par jour au premier trimestre, contre 5,3 % au second et 5 % au troisième trimestre [3].
Il ne semble pas y avoir d’énormes différences entre les pays où la consommation est légalisée, mais la période de passage à la légalisation montrerait une augmentation significative. En Californie par exemple, les chiffres d’exposition pendant la grossesse sont passés de 4,5 % en 2012 à 7 % en 2018, date de la légalisation de la consommation et de la vente pour le premier trimestre de la grossesse [4]. Aux États-Unis, plus de 5 % des femmes enceintes en consomment au premier trimestre pour traiter leurs nausées, leurs insomnies, les angoisses, la dépression ou les douleurs chroniques.
Le produit semble avoir une meilleure image ces dernières années ; il est de plus en plus consommé, à tel point que l’étude Caulkins [5] a noté qu’en 2022, il y avait plus d’utilisateurs quotidiens ou quasi quotidiens de cannabis (17,7 millions) que d’alcool (14,7 millions) aux États-Unis.
Pour ce qui concerne les conséquences à la fois maternelles et fœtales imputables directement au cannabis, elles se heurtent comme souvent à beaucoup de difficultés d’interprétation ou de preuves formelles pour diverses raisons : celles qui consomment sont souvent différentes de la population générale ; elles appartiennent plus souvent à des milieux socialement défavorisés, sont plus souvent seules avec un faible revenu, ont moins fait d’études et ont plus souvent un partenaire qui consomme aussi du cannabis [6] ; elles sont plus angoissées, plus susceptibles d’être en situation de stress post-traumatique ou d’avoir des douleurs [7]. De plus, la consommation réelle n’est pas toujours connue, car la plupart des enquêtes sont déclaratives. Il existe aussi des addictions souvent associées comme les prises de médicaments, le tabac, l’alcool qui font que la consommation de cannabis pendant la grossesse est rarement isolée et que finalement les expositions maternelles et fœtales sont multiples.
L’ensemble de ces éléments fait que l’interprétation de certaines études peut conclure à un effet net alors que d’autres montrent l’absence d’effets. Par exemple pour les troubles du spectre autistique (tsa) des enfants exposés in utéro, on trouve aussi bien une absence de lien dans le travail d’Avalos et coll. [8], qu’une association statistique comme dans celui de Carolyn DiGuiseppi et coll. [9] qui retrouve 6 % d’exposition chez les enfants ayant des tsa, contre environ 4 % pour ceux qui n’en ont pas. De plus l’article remarque qu’en cas d’exposition au cannabis, les enfants ayant des tsa ont un comportement plus agressif, une plus grande réactivité émotionnelle et davantage de problèmes de sommeil.
Pour ce qui concerne les conséquences fœtales, si elles font l’unanimité pour leurs effets négatifs, elles restent elles aussi délicates à appuyer par des études. On remarque surtout un travail qui a évalué une cohorte plus importante de femmes enceintes en réalisant des dosages sanguins et urinaires avec détection de la consommation de cannabis [10], ce qui permet une preuve statistique meilleure pour les comparer à la population des femmes enceintes non-consommatrices.
Pour les mères, il existe une augmentation du risque d’hypertension de la grossesse, un plus grand nombre de mères ayant une prise de poids excessive et un plus grand nombre ayant une prise de poids insuffisante (pour le dire plus clairement, elles sont moins nombreuses à avoir une prise de poids conforme aux recommandations américaines), une plus grande fréquence d’anomalies de l’insertion placentaire (placenta accreta), mais pas davantage de placenta prævia c’est-à-dire inséré sur le col utérin [11].
On retrouve de manière claire chez les bébés une plus grande incidence d’un faible poids de naissance, de retard de croissance intra-utérin, de naissance prématurée modérée (< 37 sa) et sévère (<34 sa), et une plus grande proportion d’admission en réanimation néonatale. Certaines études ont aussi montré un plus grand nombre de malformations majeures [12] et de troubles psychiatriques [13] qui restent encore à évaluer plus précisément par des travaux plus poussés.
Les principaux composés du cannabis, le thc et le cbd, traversent le placenta ; ils sont donc susceptibles d’avoir des conséquences sur le cerveau fœtal en train de se former et qui possède déjà des récepteurs au cannabis à partir de la dix-neuvième semaine dans les mêmes zones cérébrales que les adultes.
Comme les récepteurs cannabinoïdes sont aussi présents dans tout le placenta, il est probable que le thc ou le cbd et d’autres constituants du cannabis puissent aussi affecter le développement placentaire en compromettant la prolifération cellulaire, l’angiogenèse, la migration cellulaire et la fonction des gènes de l’immunité, comme cela a été montré [14].
La consommation de cannabis dans notre pays est un problème de santé publique au même titre que l’alcool pour lequel les campagnes d’information ont été nombreuses. Si 93 % des femmes enceintes déclarent ne jamais avoir bu d’alcool lors de leur dernière grossesse, après avoir appris être enceintes, 6 % en consomment pour les grandes occasions et 1 % plus d’une fois par mois [15], des chiffres pas si éloignés de la consommation de cannabis dans notre pays…
Les conséquences du cannabis sur les mères et le développement de l’enfant sont nombreuses et loin d’avoir toutes été évaluées avec précision. Elles sont toutefois assez préoccupantes pour recommander au minimum de cesser de consommer totalement pendant la grossesse et même peut-être avant la conception, puisque certains travaux récents mettent en avant le risque de malformations fœtales chez les enfants des pères consommant du cannabis, en raison de l’effet de ce dernier sur la spermatogenèse, de par les changements épigénétiques qu’il induit [16]. À nous d’accompagner et d’informer les couples dans le cadre du suivi de la grossesse et même bien avant la conception.
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