Article

Dans un œuf, y a du blanc et du jaune.Eh bien ! plus on mélange, plus il n’y a que du jaune ! - Coluche
27 avr. 2026
Marie-Laure Fréchet
Temps de lecture : 5 min

Il y a ceux qui n’aiment que les pâtes. Et d’autres que les patates. Et il y a leurs parents qui se désespèrent. Rivés sur leurs manuels de parentalité, ils ne comprennent pas pourquoi leur progéniture refuse leur bonne purée de légumes maison ou autre petit plat de leur composition. D’abord une bonne nouvelle : ça passe. Il faut parfois vingt ans, mais un beau jour, les enfants les plus difficiles se mettent à manger à peu près normalement, voire à se découvrir une vraie appétence pour des aliments qu’ils avaient juré de ne jamais toucher. Vous serez alors bien avisé·es de ne pas leur rappeler les longues heures pendant lesquelles vous avez tenté de leur faire ingurgiter viande rouge et légumes verts. Et de savourer la réussite de votre éducation ou plutôt du cours naturel des choses. Car les petits ne font pas exprès de nous en faire voir de toutes les couleurs en se focalisant sur les aliments « blancs » (ou beige, ou jaune pâle… vous avez compris le principe). C’est pour de bonnes raisons (au sens propre comme au figuré) qu’ils raffolent particulièrement des pommes de terre, des pâtes, du riz ou encore de la semoule. D’abord parce que ces aliments sont rassurants. Leur goût est neutre, à la limite du fade, et complètement prévisible, à l’inverse d’un fruit ou d’un légume, dont la saveur, plus ou moins acide ou amère, ainsi que la texture, peut varier selon sa maturité ou son degré de cuisson. Il faut y voir un lien avec le lait dont les petits ont été nourris durant leur première année, nourriture rassurante par excellence. Autre avantage des aliments « blancs » : ils sont nutritifs. D’abord ce sont des bonnes sources de sucres rapides et/ou lents, facilement assimilables et donc parfaits pour les tout-petits en grand besoin d’énergie. C’est moins connu, mais ces aliments contiennent aussi des protéines. Ainsi, 50 g de pâtes contiennent 5 g de protéines, soit un tiers des besoins d’un enfant de deux ans. Une pomme de terre en contient 2 g, une tranche de bon pain 4 g.

On peut reprocher aux aliments « blancs » d’être souvent des produits dits raffinés, c’est-à-dire ayant subi des procédés industriels de transformation afin d’améliorer leur durabilité et leur saveur. C’est le cas du sucre blanc, du sel blanc, ainsi que de la plupart des farines, pâtes et riz quand ils ne sont pas complets. Il en est de même des produits ultra-transformés comme certains biscuits apéritifs ou sucrés ou encore des chips. De cela bien sûr, pas question d’abuser, en particulier pour les tout-petits. Ce ne sont en effet que des sources d’énergie dépourvues de tout autre intérêt nutritionnel. Et ils sont souvent trop sucrés, trop salés ou trop gras.

On pourrait souligner aussi la grande richesse symbolique de la couleur blanche : pureté, virginité, innocence, sagesse, paix, beauté, propreté… En cuisine aussi, le blanc incarne, consciemment ou non, le meilleur. Dans une volaille, le blanc est un morceau de choix. Du Moyen Âge, on a hérité de la recette du blanc-manger, un entremets très délicat, constitué d’ingrédients exclusivement blancs, notamment des amandes, du lait et du riz. Et ne dit-on pas « manger son pain blanc »?

Rappelons qu’entre 2 et 3 ans, il est fréquent que les enfants développent une néophobie alimentaire qui les fait hésiter à goûter des aliments nouveaux voire à les rejeter tout à fait. D’où leur focus sur des aliments rassurants. Il semble acquis que ce n’est pas une affaire de papilles. On lit souvent que c’est une façon pour l’enfant d’affirmer sa personnalité à travers le rejet de certains aliments. Une étude récente [1] ouvre d’autres perspectives. Les auteurs rappellent d’abord que ce n’est jamais l’expression d’un caprice. Ils corrèlent la néophobie alimentaire avec des traits de caractère (timidité, émotivité), mais aussi avec un système éducatif sur le plan alimentaire soit trop permissif, soit au contraire trop autoritaire. Diverses stratégies sont préconisées pour aider les enfants à accepter de nouveaux aliments. En premier lieu, familiariser les enfants avec des aliments qu’ils ne connaissent pas, sans les obliger à les goûter, en les cuisinant ou en jardinant avec eux par exemple. Les exposer précocement à une variété sensorielle, notamment en favorisant l’allaitement maternel, est aussi préconisé. Enfin, le rôle des parents ou de l’entourage est capital. L’effet de « facilitation sociale » est un des leviers pour stimuler l’acceptation d’aliments nouveaux par les plus petits, par mimétisme ou exemplarité, notent-ils. En clair, si paraît-il on ne discute pas des goûts et des couleurs, à table, c’est en les partageant avec les enfants qu’on les incite à les découvrir.

Commentaires

Ajouter un commentaire

Vous devez vous connecter pour poster un message !

Contact

33 avenue Marcel Dassault
31100 Toulouse

05.61.95.67.35

hello@spirale.com

Newsletter personnalisée

Inscrivez-vous à notre newsletter personnalisée et recevez des informations et conseils sur les thèmes que vous souhaitez !

S’inscrire à la newsletter

© 2026 Spirale - éditions érès | Mentions Légales | Plan du site