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Le 1er novembre 2023, sachant sa vie ainsi que celle de ses proches en péril, Refaat Alareer, poète et professeur de littérature de Gaza, publie sur les réseaux sociaux ce qui sera son dernier poème, commençant par ces mots :
27 avr. 2026
Claire Mestre
Temps de lecture : 5 min

" S’il est écrit que je dois mourir

Il vous appartiendra alors de vivre

Pour raconter mon histoire

Pour vendre ces choses qui m’appartiennent

Et acheter une toile et des ficelles

Faites en sorte qu’elle soit bien blanche

Avec une longue traîne

Afin qu’un enfant quelque part à Gaza

Fixant le paradis dans les yeux

Dans l’attente de son père

Parti subitement

Sans avoir fait d’adieux

À personne

Pas même à sa chair

Pas même à son âme

Pour qu’un enfant quelque part à Gaza

Puisse voir ce cerf-volant

Mon cerf-volant à moi

Que vous aurez façonné

Qui volera là-haut

Bien haut

Et que l’enfant puisse un instant penser

Qu’il s’agit là d’un ange

Revenu lui apporter de l’amour

S’il était écrit que je dois mourir

Alors que ma mort apporte l’espoir

Que ma mort devienne une histoire. "

Refaat Alareer, tué par un bombardement israélien, décédé dans la nuit du 6 au 7 décembre 2023.

Ce poème est bouleversant, écrit dans l’encre de l’existence d’un universitaire, poète et militant ayant grandi à Gaza. Le poème, rédigé en anglais, voyage désormais dans d’autres langues et court sur les fils de notre toile Web. Il est arrivé dans ma boîte mail et j’ai souvent écouté la version musicale en français [1].

Ce poème est écrit à un moment tragique de l’histoire palestinienne, mais aussi de l’histoire des Hébreux, de notre histoire. Il n’appartient désormais plus à son auteur, il s’est installé dans mes pensées en une longue méditation sur les bébés de Palestine, les bébés d’Israël et de tous les bébés nés ou à venir dans notre époque marquée par des guerres.

La voix du poème nous invite à vivre pour raconter l’histoire de ceux qui ont disparu, écrasés par la cruauté du monde, terrorisés et impuissants devant les armes dévastatrices. De ceux aussi, héros connus ou inconnus qui ont œuvré pour un monde meilleur. Le tissage de ces histoires deviendra les toiles futures de nos habits narratifs appelant à l’harmonie.

La voix du poète disparu envoie un message spirituel d’espérance : l’ange n’est-il pas une créature appartenant aux religions monothéistes, musulmane, juive et chrétienne ? N’est-il pas un messager, et aussi un compagnon qui accompagne chaque humain dès sa naissance ?

Ce poème engage à l’espoir pour tous les bébés de cette région du monde : que la mort tragique et scandaleuse des hommes et des femmes se transforment en histoire de paix à construire, grâce aux anges du ciel.

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