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« Avant d’être seniors, vous êtes grands-parents » : telle est l’adresse de Sophie Gaillet, sur le site qu’elle a créé en 2016.
24 avr. 2026
Pascale Fossat
Temps de lecture : 5 min

Le site Grand-Mercredi est la première communauté en ligne de grands-parents. À Marseille, Paris, Lyon, et partout en France, des milliers de grands-parents échangent des bons plans, des astuces ou des anecdotes. Le site propose aussi une newsletter, un journal hebdomadaire sous forme numérique et un blog, forum de témoignages et lieu d’échanges entre les grands-parents.

Le site a déjà quatre ans et compte plus de 1,5 million d’adhérents. Sophie Gaillet a pris conscience du rôle primordial que jouaient les grands-parents lorsqu’elle est devenue mère. Elle s’est rendu compte qu’il existait une nouvelle génération de grands-parents de plus en plus jeunes. À 55 ans, âge où l’on devient souvent grands-parents à notre époque, la vie est encore devant soi. L’arrivée de petits-enfants réorganise le quotidien des grands-parents, leurs agendas, leurs vacances. Par ailleurs, elle constate qu’aucun média ne s’intéresse particulièrement à cette population de 17 millions de personnes, qui assure pourtant un rôle primordial en matière d’entraide familiale.

Elle décide alors de créer une société pour accompagner les grands-parents « Nous sommes aujourd’hui trente salariés dont quinze journalistes », nous dit-elle. Le site est financé essentiellement par des annonceurs privés. Il a une mission d’information, d’entraide et de conseils.

Les grands-parents intéressés par ce site sont plutôt jeunes, cadres pour la plupart, urbains autant que ruraux, généralement connectés. Investis sur le site, ils partagent ensuite les informations avec leurs amis et leurs familles.

Les grands-parents constituent un marché porteur. C’est une population qui change. Le temps passé avec les petits-enfants est de plus en plus élevé : 9 heures par semaine en moyenne, et environ 22 jours de vacances par an. Cette évolution implique un aménagement de la vie, l’acquisition, par exemple, d’un grand réfrigérateur, de poussette, l’aménagement d’un coin pour les enfants chez soi… Ce sont des parents secondaires très impliqués.

Cette jeune génération de grands-parents est de plus en plus mobilisée par ses enfants, désormais parents. Les mères travaillent beaucoup, les systèmes de garde sont chers et pas toujours existants. L’aide fournie par les grands-parents est gratuite, et ils se rendent assez facilement disponibles.

Comme par le passé, les aînés retrouvent leur rôle d’entraide, que la génération de grands-parents après 68 avait souvent délaissé de façon égoïste, pour se recentrer sur leur propre plaisir, les loisirs, les passions… Mais les témoignages sur le site montrent que la génération actuelle est heureuse de jouer à nouveau ce rôle de soutien.

Du coup, en quelques années, la fonction d’entraide des grands-parents a évolué de 7 heures par semaine à 11 heures aujourd’hui. Selon l’institut Ipsos, 96 % des grands-parents se disent contents de passer du temps avec leurs petits-enfants et ce, dès leur naissance.

Les grands-parents disent procurer du recul et de la distance à leurs petits-enfants. Ils sont un vecteur de transmission de l’histoire familiale, du passé. Ils racontent à leurs petits-enfants, la construction et le vécu de leurs propres enfants devenus parents, et ainsi les rassurent. Ils disent d’où l’on vient, où l’on va. Ils constituent le pivot de la famille.

Le site est une boîte à idées : il met par exemple en contact les grands-parents au sein d’une même ville ; les internautes sont également invités à consulter les espaces numériques de musées proposant des liens interactifs avec leurs collections [2] ; mais aussi des soirées en ligne proposées par la Comédie-Française, ou encore, des idées de randonnées à une heure de Paris. Un guide pour transformer sa maison en paradis pour les jeunes enfants est mis à disposition.

Des professionnels, des psychologues, répondent aux demandes toujours plus importantes des grands-parents. Les journalistes tentent de donner un maximum d’informations et d’alimenter le courrier des lecteurs, c’est une façon de valoriser les interventions des abonnés. La rubrique « Une journée de notre enfance » vient d’être éditée en bande dessinée. Des conférences ateliers sont organisées. Toutes les idées sont bonnes pour épauler les demandes, donner les clefs pour aller plus loin, pour être de « bons grands-parents ». La plupart des demandes de conseils concernent l’adaptation à la modernité, les voyages, la culture, ou comment s’investir tout en étant éloignés, par exemple : un grand-parent sur six vit loin de ses petits-enfants, il faut donc apprendre à être dans son rôle à distance.

Ces jeunes grands-parents « digitalisés » sont avides de culture, et le site leur sert en quelque sorte de relais.

Pendant le premier confinement lié à l’épidémie de Covid, ce site est devenu un lien naturel entre les grands-parents et les petits-enfants séparés. Le journal a pris un rythme hebdomadaire et la newsletter est devenue quotidienne. Les messages laissaient transparaître l’inquiétude pour les proches, mais aussi la volonté de transmettre de manière positive le goût de vivre et l’envie de se revoir.

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